Le comité des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2020 a mandaté une agence de communication pour trouver un slogan. De ce processus, ayant pour but de rajeunir le truc (aka faire djeun’s) aurait accouché un phrase déprimante du genre :
“Les JOJ c’est pire bien”
Et après que l’on ne vienne pas me dire que confier l’organisation de ces Jeux à un ancien militaire était une bonne idée.
Preuve de plus que le jeune est décidément un animal difficile à cerner, peut-être parce qu’il a des boutons partout et deux pouces opposables qui écrivent simultanément sur un smartphone qui lui n’en a bientôt plus (de boutons donc).
Preuve également que les décideuses et décideurs sont prêts à payer pour du vent avoir son attention. Malheureusement, ceux-ci ont souvent l’impression que le jeune parle comme Julie Doquin dans One-Two. Alors que le pubère, lui, n’a jamais écouté Julien, ne sachant même pas ce qu’est une radio et pensant naïvement que Couleur 3 est une page Facebook prévue pour diffuser les Orties. Il aura le temps de découvrir cela lorsqu’il aura une voiture et qu’il faudra bien s’occuper sur le trajet du boulot, parce que la radio est l’arnica des bouchons.
Bref, ce slogan (provisoire, prions !) donne envie de mourir tout de suite de vieillesse ou de revenir en enfance, à l’époque où pas grand chose ne comptait à part jouer, courir, les copains, les cartes Pokémon et Panini et lire Picsou Magazine.
Ou alors, pour se remonter le moral, on pourrait écouter une des chroniques du dimanche matin de Thomas Wiesel. Quelques minutes d’humour souvent lancées magistralement par Michel Zendali :
Ô titre trompeur ! On ne parlera pas ici de mes performances sexuelles (mes parents lisent ce blog), mais bien de mon réveil.
Que celui qui n’a jamais snoozé son alarme – à coup de 9 minutes, entre 8h et 10h40 – me jette le premier iPhone. Donc le post de 9h20 s’expatrie aux alentours de 13 heures, la plume honteuse (je me suis levé plus tard que mon colocataire, c’est dire…) et le café salvateur.
Je constate tout de même que trois personnes (dont ma mère, demi-preuve que mes parents me lisent) m’ont demandé pourquoi il n’y avait pas d’articles ce matin. On a le lectorat que l’on mérite, même si ce n’est pas la taille qui compte. Donc, de quoi allons-nous parler ce matin cet après-midi ?
Et bien, après deux semaines d’aventure et de nombreux sujets d’investigation brillamment traités (un pronostic correct avant la finale de la Coupe de Suisse, le rhume, les émissions absurdes de Couleur 3, un nouveau média romand, les plantes qui ont des noms d’humoristes, etc.), je me suis rendu compte que je n’avais toujours pas trouvé de formule de fin d’article pour prendre congé de vous. Une rapide étude statistique nous montre que :
A demain ! a été utilisé deux fois, certainement dans un élan d’enthousiasme habituelle réservé à mes soirées.
Au coude à coude, on retrouve A demain. certainement parce que je n’étais pas encore de bonne humeur.
A lundi (écrit une fois) serait une piste, si je n’écrivais que le vendredi.
DesBises également, si j’avais envie de vous faire des bisous le matin (d’ailleurs demandez à ma copine et vous verrez que c’est pas l’éclate).
Deux articles sont restés sans mots d’adieu (vraiment navré).
Tous les plus grands ont leur gimmick :
Desproges disait souvent Dieu me tripote
Yann Marguet utilise définition et à la semaine prochaine
Marc Bonnant dit souvent des conneries
Pierre-Emmanuel Barré racontait des devinettes
Donc je vous propose qu’on cherche d’ici à demain. Vous pouvez m’envoyer vos suggestions par tous les moyens possibles. Il y a une bière au soleil à gagner.
Bon pour pour la tête, ce n’est pas une expression extrême de la modestie de celui qui partirait de rien. Ce n’est pas non plus un slogan réutilisé en nom de marque. Encore moins l’adresse d’un site internet qui a été pensé pour le référencement naturel (à moins que l’on y trouve du shampooing).
C’est le nouveau média romand né du crowfunding. Indociles et novateurs, ses journalistes sont prêts à braver l’actualité, à s’intéresser aux infos locales, à parler de culture en veux-tu en voilà et à dévorer de l’analyse politique internationale. En tout cas, c’est ce qu’annonce leur vidéo de présentation.
Pour ce faire, quelles armes ont-ils choisies ? Plus ou moins les mêmes que celles qui ont mené à la défaite de l’Hebdo, mais avec une chronologie différente. Un site web d’abord et dans quelques temps une édition papier.
Je sais déjà que la suite de ce post s’avérera aussi compliquée que de marcher sur des œufs en versant la goutte d’eau qui va faire déborder le feu aux poudres. Un peu comme un éléphant dans un magasin de bords du précipice. Parce que je travaille avec des journalistes, mais du côté des communicants (vous savez, les connards de la pub et de Satan). D’autant plus que l’initiative est louable et populaire, avec plus de 200′000 francs récoltés jusqu’ici. Il est donc délicat d’aborder la question sans prendre le risque de froisser des sensibilités, me retrouver au chômage technique ou passer pour le vieux con qui dirait : “de toute manière cela ne marchera pas.”
Surtout que je ne suis pas le plus vieux, dans l’histoire. En effet, même si la voix-off de Positif pour la gueule promet le mélange entre “des professionnels aguerris” et “des jeunes talents”, force est de constater que l’équipe ne carbure pas à l’eau de jouvence (et je ne dis pas ça pour Gian Pozzy).
(Les bébés, ça compte comme jeunes talents ?)
Alors oui, je choisis un plan sur une vidéo de 2 minutes. Par équité, je vous montre celui-ci, qui transpire le dynamisme :
Mais faisons confiance, il y aura certainement d’autres jeunes. Ils étaient simplement occupés à faire des trucs de jeunes, comme par exemple ne PAS se taper de présentations powerpoint.
Si je me permets d’apporter un regard critique sur cette démarche louable, c’est parce que Bénéfique pour la caboche martèle que l’innovation est en marche, sans pour autant expliquer ce qu’il va y avoir de nouveau (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) :
Alors quoi de neuf ? Je comptais sur la venue de la présidente de Bienfaisant pour le ciboulotdans l’émission 26 Minutes pour apporter quelques précision. Malheureusement, on ne saura rien de plus, à part que le titre sera également bon pour les jambes : entre une info très régionale et un regard international, tout le monde pourra faire le grand écart, à l’époque où seuls les titres de presse spécialisés gagnent des lecteurs.
Il n’y aura pas non plus de hiérarchie (”c’est plutôt à l’interne”)
Le sujets “surprenants” seront véritablement la marque de fabrique du journal
Je dois vous avouer avoir été étonné. C’est bon signe, même pas encore publiés, ils sont déjà surprenants, et ça c’est très fort. Quel aveugle fallait-it être pour ne pas avoir vu que ces éléments – pourtant sous mes yeux dès le départ – représentaient les véritables innovations ? Naïvement, je pensais que l’innovation pouvait consister à :
Publier une édition papier complètement différente de ce que l’on trouvera sur le web (ce sera peut-être le cas, mais ça n’a pas été annoncé)
Proposer un système de paiement différent de l’abonnement classique, par exemple inspiré des micro-achats des jeux mobiles, comme Le Temps
Mais non, on repart tout pareil. D’ailleurs, la rédaction compte, en premier lieu, trouver des locaux à Lausanne avec l’argent récolté. Pourquoi ne pas se contenter d’un ordinateur portable et d’une salle de réunion louée deux fois par semaine ? Ou, au pire, bosser au bistrot (et je ne dis pas ça pour Gian Pozzy) ? Le journalisme doit-il absolument rester entre les murs de sa rédaction, surtout si cela coûte, au minimum, le quart de l’argent récolté jusqu’ici ? La prise de risque est déjà assez grande comme cela pour ne pas s’encombrer de frais évitables en 2017, du moins au départ.
Oui, cette démarche répond à une véritable demande des Romands de trouver autre chose sur le plan médiatique. Comme les Suisses-Allemands avec Republik. Il faut espérer que cela marche, mais est-ce une raison pour ne proposer que de l’innovation de perlimpinpin ? J’aurais préféré que l’on me dise : “le but est de faire ce que faisait l’Hebdo, mais sans Ringier, Axel et Springer, qui étaient les relous qui parlaient plus de marketing que d’information. On va essayer de mettre en place le projet de nouvelle forme qu’ils ont refusé et on a besoin de vous pour cela.” Ça aurait été honnête et couillu.
Le paysage médiatique suisse est riche et j’ai la chance de côtoyer de très bons journalistes. Mais pour inverser la tendance mercantile et de clic qui commence à pourrir les médias, il faudrait se sortir les pouces de l’édito, au lieu de se reposer sur des lauriers qui finiront, tôt ou tard, à se faner si l’on ne les arrose pas de vraies nouveautés. Se mettre en difficulté avant d’être mis au chômage et ne pas compter – à terme – sur le soutien financier de l’Etat pour garder le confort des acquis.
Dernier exemple en date, le numéro final de l’Hebdo (rétrospectives des Unes marquantes) qui consistait en un recueil d’articles sur le nombril d’un cadavre que l’on pleure, sans pour autant être allé le voir à l’EMS durant les deux dernières années. Etait-ce vraiment une porte de sortie à la hauteur de ce que le titre avait été ? Pas sûr. Il y avait un numéro à remplir, et non à repomper. Au moins, ces larmes ont poussé à réagir, et c’est une excellente nouvelle. Mais n’oublions pas de nous sécher les yeux avant de passer à l’action.
Ce post est là parce que le sujet est important. Je suis méfiant, parfois moqueur et ironique sur la forme, mais partisan sur le fond (et abonné). Pour le geste, par curiosité et parce que j’espère sincèrement que Bon pour la tête trouvera sa place et ses lecteurs.
Mesdames et messieurs journalistes, la plume est dans votre camp. Mes attentes sont à la hauteur de vos promesses.