de Benjamin Décosterd, (initialement) pour se lever à 8h20

Catégorie : Actu Page 1 of 10

APG, Prix Nobel et VanLife

Vous allez bien ? Ça tombe bien : moi non plus.

Mercredi après-midi, prolongement des APG pour les indépendants : les conférences de presse du Conseil Fédéral sont plus efficaces que son téléphone pour commencer à faire très rapidement de l’argent.

Mercredi soir, passage à la Coop : achat de masques. Maintenant qu’ils ne sont plus inutiles qu’il y en a, autant en avoir. Au retour, porter le masque. Hésiter à acheter une voiture ou à prôner l’immunité collective.

Jeudi matin, prise de conscience que ces nouvelles aides fédérales ne sont pas forcément une bonne nouvelle. En surface, la reprise. Et après ?
Au fond, le “cadeau” du Conseil Fédéral a un petit air de kit de survie pour l’année à venir. Ce qui envoie un drôle de message : Si les gens qui puent de la gueule reçoivent des chewing-gums, les gens qui vont en chier reçoivent des APG.

Jeudi matin encore, port du masque : les chewing-gums seront finalement peut-être plus utiles que les APG.

Jeudi soir, euphorie : envie de tout dépenser. C’est Guy qui régale. On arrose le fait qu’on nous arrose. Ivre, on arrive même à y croire à cette semaine de vacances en Suisse. Après tout, au XXIe siècle, pour avoir l’impression de partir en vacances, pas besoin de voyager : il suffit de croiser d’autres touristes.
Et peu importe si, pour une fois, nous ne sommes pas plus riches que les autochtones (ou alors, il faut passer votre été dans le Jura).

Vendredi matin, l’actualité :

  • Le Montreux Jazz va toucher 3,447 millions de francs (c’est pratique : avec ça, le Montreux Jazz pourra tout juste passer une soirée au Montreux Jazz l’an prochain).
  • Le Paléo va aussi toucher de l’argent, mais on ne sait pas combien. Daniel Rossellat est donc bien de gauche (caviar), ce qui consiste à avoir de l’agent mais à faire comme si ce n’était pas le cas. C’est beau d’être proche de son public.
  • (Mais du coup, le Montreux Jazz est-il de droite ? Et quel festival serait PBD ?)
  • Pierre Maudet n’est toujours pas coupable, d’après Pierre Maudet.
  • Le Conseil Fédéral est parti en course d’école hier soir, avec : “une nuit dans les Préalpes bernoises en compagnie des Prix Nobel Didier Queloz et Michel Mayor, spécialistes des exoplanètes. Comme le ciel était nuageux, il a été difficile aux conseillers fédéraux d’observer les étoiles.” En Suisse, on a des Prix Nobel et on les fait passer une nuit dans le brouillard et les Préalpes bernoises, à se les peler, tout en essayant de montrer la lune à Guy Parmelin, qui regarde le doigt. Pas sûr que nos écoles polytechniques réussissent à endiguer la fuite des cerveaux.
  • Jean Castex a un nouveau job et une page Wikipédia.
  • La RTS a fait un podcast sur le #VanLife. On y apprend qu’il suffit “d’un matelas dans un quatre roues” pour vivre la VanLife. Dormir dans sa caisse, normalement c’est être pauvre. Dormir dans sa caisse sur Instagram, c’est être libre. (Encore un peu de patience, un jour l’humanité disparaîtra).

Sinon, c’est le début des vacances d’été. Ne faites pas étudier vos enfants, ils risquent de finir Prix Nobel (et c’est visiblement pas très fun).
Enfin faites-les quand même réviser un peu. Sinon, ils risquent de finir à dormir dans leur voiture. Ou au Conseil Fédéral.

Les Beaux Parleurs – 21 juin

Le congé paternité, avec Yves Nidegger et la difficulté de modifier des lois au parlement (au lieu de changer des couches à la maison).

Il faut bien vivre de quelque chose

Voilà ce que j’ai envie de répondre à toutes celles et ceux qui se baladent encore dehors, l’individualisme crasse et la naïveté fière, répétant – dès qu’ils le peuvent – “qu’il faut bien mourir de quelque chose”.

Il faut bien vivre de quelque chose. Nous l’apprenons à nos dépends. Que ce soit de divertissement facile (Netflix, Smartphone, Playstation, chasselas), ou d’activités moins accessibles en apparence (lire, cuisiner, méditer, faire du sport à la maison mais sans le montrer sur Instagram).

Cette situation n’est facile pour personne :

Il y a celles et ceux qui sont “au front” et que nous applaudissons chaque soir à 21h. Ceux dont la précarité pouvait faire rire (dans les magasins, les entrepôts ou les rédactions), ou dont les privilèges pouvaient faire grincer (dans les cabinets médicaux ou les parlements). Ils et elles sont nos béquilles, en faisant que ça marche aujourd’hui, tout en sachant qu’on risque de les oublier demain.

Il y a ceux dont le front renferme des décisions difficiles à prendre (Daniel Koch, Alain Berset). Leur front qui est devenu interminable, à force de devoir faire des choix qui font réagir tout le monde, mais qui ne semblent plaire à personne.
Pas qu’ils n’aient pas de soutien, non, mais de nos jours les plaintes sont plus bruyantes que l’approbation.

Et puis, il y a les autres. Le reste. Toutes celles et ceux qui doivent encore accepter d’être “non-essentiels”. La survalorisation (sociale ou salariale) de certains métiers rend la chose encore plus compliquée à admettre.

Je le sais, puisque je fais partie de cette catégorie.

Un jour, on a des responsabilité, un emploi du temps et du pognon. Et le lendemain, on devient la marge. Alors pour ne pas y penser, on gesticule, on écrit, on filme, on “story” ou on “live”. C’est humain et compréhensible, mais c’est aussi un peu nul. Être débordé était un symbole de réussite professionnelle. Avoir le temps de réfléchir à sa propre inutilité rend les angoisses très existentielles.

On dit qu’on le fait “pour les autres”, pour relayer la bonne parole, pour faire réagir nos autorités ou pour amuser. Mais on le fait surtout pour nous. L’humain occidental peut survivre quelques mois sans culture. Pas sûr que ce soit le cas de son ego.

Je le sais, puisque je suis en train d’écrire cet article.

La création de contenu sur les réseaux sociaux a été pensée comme un moyen de combler une faille narcissique. En confinement, la faille devient une falaise. Et le contenu nous empêche d’y sombrer définitivement.

L’idée n’est pas forcément de se taire, ni de se terrer dans la culture existante (quoiqu’écouter l’intégrale de Brel vaut peut-être mieux que de voir un live d’influenceur). Mais simplement de tourner quelques fois son pouce autour de son Smartphone avant de poster quelque chose.

Pas trop non plus.
Parce qu’il y a – dans nos appels au secours 2.0 – des choses magnifiques, drôles, touchantes.
Aussi parce que je risque de continuer à écrire / filmer / photographier des chose ces prochains jours.
Et encore parce qu’au début de cet article, je détestais l’humanité. Maintenant, je l’aime bien.

Bref, nous sommes humains et un peu nuls. Mais c’est aussi cela qui nous rend très attachants.

Page 1 of 10

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén