de Benjamin Décosterd, (initialement) pour se lever à 8h20

Auteur/autrice : 9h20 Page 64 of 70

Vieillir et prendre soin de ses pieds

Le quotidien est décidément une source intarissable de pépites, la preuve lors de ma dernière visite à l’épicerie de mon quartier (plus connue sous le nom de “chez l’Indien”) :

Alors que je faisais la file, supportant péniblement les 50° dus aussi bien à l’absence de climatisation qu’à l’exiguïté de la zone permettant aux pauvres assoiffés d’attendre que celui qui le précède règle son dû (en gros, je suais en attendant de payer mon coca zéro), le père, accompagné de son fils qui était en train de payer ses 10 canettes Smarties à 0.75ct pièce (est-ce qu’elles contiennent les célèbres pastilles chocolatées, une boisson fraiche, une boisson à base de pastille chocolatées, je ne le saurai jamais) se met à négocier, un sourire en coin, à l’annonce du prix :

– 7.50 s’il vous plait

– Non 7.-

– 7.50

– Non 7

– 7.50

– (moi, intérieurement) AAAAAAH ! Je vais te prendre tes 50 centimes économisés et te les enfoncer bien profond. Ensuite j’ajouterai d’autres pièces de tailles variables, jusqu’à ce que, quand tu descendras un escalier, on aura l’impression de secouer un paquet de Smarties.

Finalement, après une négociation de haut vol, le type a payé 7.-, souri fièrement, tapé sur l’épaule de son fils, l’air de dire : “Tu vois mon fils, c’est comme ça qu’on devient un gros con.”

En sortant du magasin (enfin un peu d’air), j’ai vu une dame âgée sur sa chaise roulante électrique qui circulait sur la piste cyclable, au bord de la route. J’ai immédiatement regretté que personne n’ait inventé un casque de VR qui pourrait générer le Thug Life meme dans la vraie vie.

Une fois à la maison, j’ai pu avoir l’explication de mon colocataire sur le paquet Zalando reçu le matin-même : de quoi embellir ses pieds.

Notamment une paire de sandales/baskets sur laquelle nous allons brièvement nous arrêter.

Je crois que tout le monde s’accorde pour dire que les sandales ont certainement été inventées par quelqu’un qui avait un sens particulier du style. Ce dernière modèle semble sauver l’honneur des pieds en été, faisant presque croire qu’il s’agit de baskets tellement stylées qu’elles auraient leur place dans la collection de Yann Marguet. Eeeeet bien … pas du tout. En vrai, c’est moche comme une sandale et on dirait que ça a été conçu par l’acuité visuelle de Gilbert Montagnier et acheté par le soucis de l’élégance de Daniel Brélaz.

Mais le pire est à venir : les pantoufles crocs. Certainement un truc d’infirmière à la retraite, c’est une surprenante combinaison de deux termes qui ne font pas rêver, un peu comme Oskar Morano ou des coeurs d’artichaut fourrés aux choux de Bruxelles. C’est un peu méchant, parce que ces pantoufles sont plutôt jolies, si l’on considère que les pantoufles peuvent l’être. Au final, c’est un peu comme les chemises à manches courtes. Peu importe le modèle, c’est le concept même qui rend celui qui le porte un peu ringos.

Bref, le seul Lausannois de 24 ans qui commande des pantoufles on-line est mon colocataire. Parfois on vieillit plus vite que sa carte d’identité. On prend un chat, on commande des poêles sur Qooking parce “quand même c’est pratique et les nôtres se font vieilles.” Alors pour se rassurer, on commande un pistolet en plastique pour viser sa télé et tuer des pixels en VR (ça c’est mon colocataire) et pour se sentir jeune à nouveau on va boire 3 bières le mercredi soir et on a la gueule de bois le lendemain (ça c’est moi). Le temps qui passe est cruel.

A ce propos, ma dame fête son anniversaire aujourd’hui. L’occasion de relever sa répartie imparable, qui fera office de phrase de la semaine, lorsque, jalouse, elle a appris que j’avais mis mon chat en fond d’écran de mon portable : “Ouais mais moi j’ai des seins.”

A lundi et joyeux anniversaire à tous !

52 nœuds c’est énorme

On l’a appris hier sur le site de 20 Minutes : le navigateur Yvan Bourgnon a été flashé à 97 km/h (52 nœuds) à Mézières en mars dernier, alors que la vitesse était limitée à 50 km/h.

Preuve que ce gentil navigateur peut aussi être un vilain skipper. Celui qui s’est modestement auto-proclamé “le gladiateur des mers” aurait tout aussi bien pu s’appeler “le Lewis Hamilton de Lavaux-Oron” ou tout simplement “le conducteur du dimanche”.

Connu pour son tour du monde rétro (ça veut pas dire en marche arrière) et en solitaire sur un catamaran de sport, Yvanus Bourgnus a fait 220 jours de navigation répartis sur un combat contre la nature de 626 jours. L’occasion de préciser que ce n’était pas pour battre un record, ce qui était d’ailleurs assez juste puisqu’à pied et les yeux bandés il aurait pris à peu près le même temps.

On comprend donc aisément ce besoin de vitesse, ou alors cette envie de revenir à la civilisation en quittant Mézières le plus rapidement possible.

Yvan Bourgnon, pendant son tour du monde rétro, en train de vérifier qu’il n’y ait pas de radar.

A sa décharge, il avait choisi de ne pas prendre de GPS (ça veut dire ça rétro). Et pour corser le tout, son embarcation n’avait pas de cabine non plus (mais où sont les toilettes ?!). C’est le genre de mec à rajouter une roue à son bateau, rien que pour pouvoir mettre un bâton dedans. A ce rythme-là, était-ce encore nécessaire de prendre un bateau ? Les vrais bonhommes l’auraient fait à la nage et sans manchons.

Espérons que cet incident ne l’empêche pas d’aller au bout de son prochain gros projet : la construction d’un quadrimaran écolo pour collecter les déchets en mer. Ce bateau gigantesque va s’appeler le Manta, inspiré par la forme de l’animal : plus de 60 mètres de long pour 49 mètres de large. Ça fait bien depuis l’incident du pantalon taille basse de Daniel Brélaz qu’on n’avait pas vu une raie si impressionnante.

Avec cet immense navire, il récoltera jusqu’à 100 tonnes de plastique, avant de les amener à quai, pour que je cite « les camions puissent prendre le relai. » Nettoyer la planète avec des camions, cela me semble aussi bien qu’une cure détox à base de Big Mac. Espérons quand même que les chauffeurs regardent les panneaux de vitesse. L’urgence écologique, oui, mais 50 c’est 50 !

Et surtout prions tout de même pour qu’il ait prévu d’installer une cabine sur son bateau cette fois. Si vous me lisez Yvan – vous qui avez l’air pressé – prenez au moins le temps d’y réfléchir. Parce que ce n’est pas en ramassant des déchets à bâbord tout en chiant dans la mer à tribord que l’on va sauver la planète.

Wake up and write

C’était l’évènement sportif de cette fin de semaine. Vendredi, à Lausanne, avait lieu la Wake Up And Run : “un jogging ou walking de 5km non chronométré qui a lieu à 05:30 d’un jour de travail dans le centre-ville.”

Il parait que ceux qui ont vu passer la catégorie marcheurs ont pris peur, se croyant dans Walking Dead. Alors que ceux qui dormaient ont dû se contenter des dizaines de photos de coureurs matinaux sur leurs fils d’actualité Facebook.

Petit à petit, j’ai commencé à ressentir la même lassitude qu’avec la Color Run, “le plus joyeux 5 km de la planète” qui se positionne donc en plus grand rassemblement de bien heureux du monde. Non, mais c’est vrai : quelqu’un d’heureux, qui sourit dans la rue ou le métro, c’est soit suspect, soit énervant. Alors 2′000 quelqu’un d’heureux, ravis de se faire asperger de couleurs, compressés au milieu d’une foule de bonheur qui court à moitié c’est carrément louche.

Voir défiler les photos de ceux qui se lèvent pour courir ensemble avant le travail, j’ai trouvé ça aussi un peu énervant. La cerne fière et le corps presque paré à l’effort, ils allaient le faire, et cela méritait qu’on tape dans nos likes pour applaudir leur capacité à s’auto-flagéler. J’étais peut-être un peu jaloux aussi, parce que la Drink and Zigzag, organisée par mon colocataire et moi samedi soir, m’a prouvé que je n’arrivais pas à courir à 5h30. 

Et puis après je me suis rendu compte que mon blog était un projet du même genre, et que je partageais tous les matins un texte sur Facebook.

Je me suis dit “merde.”

Ça me déprime un peu, alors je crois que je vais aller me recoucher.

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