de Benjamin Décosterd, (initialement) pour se lever à 8h20

Catégorie : Culture Page 2 of 5

Un manteau et un spectacle

L’autre jour, alors que j’étais sur mon scooter – roulant vers mon destin et un sacré retard de planning – j’ai repensé à la fois où j’avais commandé un manteau via un post sponsorisé sur Facebook. Je crois que l’image ressemblait à ça :

Ne me jugez pas, on a tous été jeunes et beaufs, et si ça se trouve certains d’entre vous le sont encore.

 

Je devais déjà être entrain de me voir pavaner au MAD avec un trench coat de connard, une boucle de ceinture de gros con et une jeans délavé moulant une virilité toute relative. Je crois qu’à cette époque, je voulais me prendre pour un vendeur d’assurances qui se prend pour un responsable marketing d’une banque: les apparats de ses ambitions et les 32 leasings qui vont avec.

Bref, je repensais à ça, me disant qu’à l’époque j’étais bête et qu’il faudrait que je m’achète une nouvelle veste d’hiver. Parce que celle que j’ai actuellement me fait me sentir bien habillé uniquement le dimanche matin, quand je vais au rendez-vous des “j’ai la gueule de bois et rien dans mon frigo” du quartier. C’est organisé vers 13h30 à l’épicerie du Valentin, vous devriez venir à l’occasion, c’est marrant. Ça pue la honte et l’alcool frelaté, et ceux qui n’ont pas de lunettes de soleil se font des clins de cernes.

Donc, je veux une nouvelle veste, mais je ne vais pas la commander sur internet. Puisque le précité modèle m’a été livré et que – comme sur Instagram, au Mc Do et sur Tinder – la photo était trompeuse. Le manteau était trop petit, mais avec des manches trop larges. Cette coupe hybride aurait réussi à faire passer n’importe quel homme classe et distingué pour le croisement entre un poilu de 14-18 et un contrôleur de bus de l’ex-URSS.

Tout ça pour dire que je serais allé m’acheter un manteau, si j’avais eu le temps. Ce qui n’était pas le cas, puisque je devais me rendre à Genève pour le spectacle de Mirko Rochat. Mirko Rochat qui détonne avec ses talons roses, Mirko Rochat qui connaît un “Enorme succès en Suisse, seulement 2 dates à Paris! Réservez vite!”, Mirko Rochat dont la promo est faite à base d’UNIQUES DATES DANS LA RÉGION avant même que l’on sache où et quand il joue, MIRKO ROCHAT COMPLET, Mirko Rochat dont le management cartonne en marketing (cela ne veut pas dire que c’est un artiste en carton, entendez-moi bien).

En effet, j’avais été invité par son agente qui a “pris le risque” de le faire suite à un article aussi bienveillant que sincère sur les gens qui s’endorment dans les salles de bains. Mais au fond, le risque n’en était pas un : sur scène, le résultat est propre et rythmé, le public rit et je comprends que cela plaise. Moi ça ne me parle pas mais ce n’est pas une raison pour dénigrer ce spectacle. A deux reprises, j’ai même senti et aimé sa sincérité crue. Le reste est étouffé par des personnages plus caricaturés que joués (l’homme qui va mourir parce qu’il est malade, la femme poussée à bout par ses enfants) et certaines vannes aussi prévisibles qu’un groupe de stand-uppers dans le métro. Au début, Mirko te dit qu’il va falloir parler à tes amis de ce spectacle (que tu vas aimer) et à la fin il se filme pendant des applaudissements spéciaux de selfie promo. C’est aussi énervant que je peux l’être parfois je suppose, donc assez parlé de goûts et de couleurs.

Non le vrai risque en m’invitant était que je pointe de la souris la communication de l’artiste :

Le plan de salle sur l’affiche : visiblement “La preuve!” de quelque chose d’autre que la sobriété.

 

Le public est accro sans accroC et il a aussi adoré en vidéo ici et ici (d’ailleurs dans cette vidéo, même le metteur en scène était venu comme spectateur lambda et a kiffé : le hasard fait bien les choses).

  

Tous les codes de la superproduction sont là, pour un artiste qui n’a pas encore conquis le grand public. Au fond, comme pour les manteaux commandés sur internet, les apparences sont parfois trompeuses. Sur Léman Bleu, Mirko disait d’ailleurs: “C’est un défi d’incarner ce qu’on n’est pas.”  Moi, je pensais qu’il parlait uniquement de ses personnages.

Cela dit, ce n’est pas une raison pour ne pas y croire. Mirko deviendra-t-il connu un jour ? Peut-être. Va-t-il nous les briser à coups d’UNIQUES DATES d’ici-là ? Certainement. Les poissons paraissent parfois un peu vite trop gros dans le petit bassin qu’est la Suisse romande.

Un peu à l’image des personnages du spectacle, c’est trop. Un trop qui ne rend pas hommage au potentiel de l’artiste, ni aux heures de travail et d’angoisses qui doivent se cacher derrière les rideaux d’un café-théâtre genevois.

Rock Stars

Nous y voilà enfin ! Je suis de retour derrière mon clavier, tel un Mozart 2.0 loser qui s’est engagé à écrire un article par jour pendant une année. Parce que j’ai du retard (non pas comme une femme qui serait enceinte, mais simplement avec un décalage temporel, comme les idées de Suzette Sandoz).

Mais que voulez-vous, on s’est fait vieux la semaine passée et quand on se fait vieux, il parait qu’on doit faire la fête pour marquer le coup. Et faire la fête ça prend du temps : avant pour organiser, sur le moment pour être insouciant, et après pour essayer de se rappeler ce qu’on a fait quand on était insouciant.

J’aurais aussi voulu vous parler du Swiss Web Festival, parce qu’Aujourd’hui y a gagné un prix pour ses vidéos web. Celles-là même dont j’ai rédigé les textes. Au-delà de l’égotrip, je voulais couvrir ce festival parce que ça me semble plutôt sympa et que je leur suis redevable d’au moins 200 petits canapés et 3 bouteilles de champagne depuis les 4 éditions où je m’y rends. Mais parler du web avec une semaine de retard n’a aucun intérêt, puisque c’est bien connu : 7 jours sur internet sont équivalents à la durée de la carrière de Jean Rochefort dans la vraie vie.

Mais assez parlé du nombril de mon blog. Parlons plutôt du mien, qui était à Munich pour écouter Polar Circles, en tournée avec The Coronas qui, comme son nom ne l’indique pas, est un groupe irlandais qui boit beaucoup de bières (sont-elles Mexicaines, je n’en sais rien).

Trois jours de voyages, cent trente-cinq bières, un schnitzel de la taille du Liechtenstein et un demi-genou de porc de celle d’un demi-genou de porc (et croyez moi, ils ont des sacrés demi-genoux) pour une session acoustique : ce n’est pas la définition même de l’efficacité. Le projet, si bien vendu par mon pote Thierry (”on va à Munich pour boire et trop manger sous prétexte de soutenir les artistes suisses ?”), m’a semblé assez absurde pour que je m’y lance.

Ci-dessus, un demi-genou de Porc

 

Quand une idée parait tellement stupide que l’on pourrait la considérer comme une œuvre d’art contemporain, il faut généralement dire oui. Sauf si cela consiste à jouer à la roulette russe avec un pistolet automatique ou si c’est une initiative UDC.

Donc, quelques minutes de réflexion et une heure et demie d’avion plus tard, nous voilà à Munich, une chope d’1l dans la main. C’était dimanche soir et il fallait bien attendre le concert qui avait lieu 24 heure plus tard. Une attente qui nous a permis de constater que cette ville le dimanche n’est pas plus animée que Lausanne. Mais qu’il y a tout de même moyen de rigoler si l’on cherche bien.

Le lundi après-midi était consacré à la culture et la visite du musée de la chasse et de la pêche, sur lequel nous nous sommes rabattus après avoir appris que le musée de la pomme de terre n’existait plus. Un musée qui repousse les limites de la dose de fun accessible pour 5€, mais qui serait bien plus drôle si les œuvres étaient légendées par les rappeurs français, comme les Casseurs Flowters ou Booba :

Puis, nous avons retrouvé Polar Circles dans un Airbnb un peu plus loin du centre et de l’idée que je me faisais d’une tournée de rockers. L’hôtel 5 étoiles s’appelait “Madame Fruh” et la cocaïne avait été remplacée par une tasse de thé contre voix usées.

Mais pas le temps de se focaliser sur ces détails qui n’auront plus d’importance le jour où les rockers lausannois rempliront Wembley de fans et leur suite au Four Seasons de groupies. Rome ne s’est pas faite en un jour, et d’ailleurs cela aurait certainement pris encore plus de temps si on avait demandé à Polar Circles de construire la ville.

Parce que tourner avec The Coronas, c’est déjà un excellent début pour leur deuxième album qui s’annonce canon. En Allemagne, les salles étaient pleines et les Irlandais ont visiblement apprécié leurs compagnons de tournée. Parce qu’il ne faut pas croire non plus qu’être musicien en Suisse consiste à comparer sa Hublot avec Bastian Baker en écoutant du Stephan Eicher. Cela veut surtout dire faire des kilomètres de route pour porter trop de matos et s’emmêler les jack, avant de pouvoir enfin ravir le public.

Polar Circles en train de ravir le public.

Et puis, comme toutes les belles choses ont une fin, il a fallu se réveiller tôt et reprendre la route avec le groupe vers un régime alimentaire normal, des heures de sommeil et une douche.

Je n’ose pas imaginer ce qu’il en est des membres du groupe, après 10 concerts en 15 jours et 3 pays, de Hambourg à Munich. Un jour, ils finiront bien par y être, sur cette grande scène du Paléo. Et dans le public, il y aura certainement deux types déçus qu’il n’y ait pas de stand de demis-genoux de porc à Nyon mais qui auront une larme de fierté pour leurs potes qui – à force de kilomètres en van, de nuits courtes, d’investissement en temps, en énergie et en fric – auront mérité de pouvoir ravir un si large public sans devoir s’exiler.

D’ici-là, mettez-vous en plein les oreilles :

Le salon de Phanee de Pool

Oui, encore un post de blog en retard. Que voulez-vous, quand on se réveille à 8h mais que l’extérieur de la couverture semble aussi froid que le cœur de Vladimir Poutine ou qu’un discours d’Anne-Catherine Lyon, difficile de sortir du lit.

Non, ça donne juste envie de prendre son plaid kangourou (oui, j’ai ce genre de choses chez moi, et 70 ans dans ma tête), de demander Netflix en mariage et de s’allonger sur le canapé : Aaaaah, qu’est-ce qu’on est bien, là !

Une réflexion que je me suis aussi faite vendredi soir, à la Datcha. Et pour cause: c’était là que Phanee de Pool jouait son premier concert lausannois.

Phanee de Pool que j’ai rencontrée chez Fred Valet sous le nom de Fanny Diercksen, juste avant qu’elle ne squatte absolument tous les médias romands pour la sortie fracassante de son premier album. Phanee de Pool qui a réussi à me faire écouter un Premier rendez-vous en entier. Phanee de Pool qui sera à Paléo ou alors je n’y comprends plus rien (déjà que pour Black M, j’ai dû faire un effort). Phanee de Pool qui est une artiste qui arrive à chanter des images.

Mesdames et Messieurs : rembobinez tout ce que vous êtes en train de faire et écoutez !

 

Comme toutes celles et ceux que la vie n’a pas rangé dans la bonne case pendant trop longtemps et qui retrouvent la liberté de faire ce pourquoi tout cela a un sens, elle sonne comme une évidence. Voir une personne se rencontrer elle-même a quelque chose de vraiment fascinant. Phanee respire le ouf de soulagement des bonnes nouvelles, le enfin des débuts de vacances, le pourquoi pas des premières amours.

Oui, vendredi à la Datcha, j’ai eu cette impression d’assister au début de quelque chose. Malgré une acoustique peu propice à la douceur d’un texte et même avec un ingénieur son/J’aurais dû rester journaliste/lumière/communication/où est ce putain d’interrupteur formé de manière autodidacte sur le tas, tout semblait possible. Et on était bien.

Une guitare, une loop station, un pad, deux micros : le bonheur est dans les choses simple. Une simplicité à l’image de Fanny qui ne sait pas encore que Phanee ira très loin. A tel point qu’elle se surprend des applaudissements. Même si se faire demander un bis avant la fin de la setlist n’est pas chose commune, ce doit être que – assis et spectateur – le public prend des claques artistiques et tente de les rendre comme il peut.

Non, Phanee n’a pas conscience que son univers la dépasse et nous emmène avec elle. Surtout lorsque – contente de l’accueil fait à son troisième morceau – elle déclare : ”Je devrais vous emmener à la maison après.” A force de jouer ses chansons et de chanter ses mots, la Datcha est devenue son salon et tout le monde se délecte d’y trouver des miettes sur le canapé, mais elle ne s’en doute pas. Elle craint les imprécisions, mais rebondit avec tant de facilité (un air gêné, puis une vanne) que la faute n’en est plus une.

Fanny Diercksen n’est plus la flic-chanteuse, c’est une artiste. Le genre de celles qui peuvent aller partout, dans le drôle, le triste, la douceur, le grave (quelle voix, lorsqu’elle y met de la puissance !) Bref, le genre que l’on adore écouter pour oublier les lundis matins pluvieux.

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