de Benjamin Décosterd, (initialement) pour se lever à 8h20

Auteur/autrice : 9h20 Page 46 of 70

6′000 lecteurs

Depuis le 3 juillet, et l’arrivée du traffic mobile dans l’Analytics de ce blog, vous êtes assez nombreux. A grands coups de guests racoleurs (cliquez, il y a une photo de meuf et elle a failli mourir), d’articles chocs (genre une photo de mon chat) et de scoops (la pluie ça mouille, surtout au Paléo), nous arrivons à un chiffre tout à fait honorable de 6′021 utilisateurs.

Alors bon, les plus attentifs noteront que 6% de ces sessions sont nulles, et puis, il y en a qui comptent double, lisant parfois ces articles sur leur mobile, puis depuis un ordinateur. Finalement, vous devez vous en foutre pas mal. Mais tout de même, un peu d’autosatisfaction ne fait jamais de mal, surtout à moi qui me suis retenu de liker certains de mes posts tellement ils étaient bons.

Si on s’en fout, alors pourquoi en parler ? Et bien simplement pour vous dire merci, surtout à ceux d’entre vous que je ne connais pas (jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas 6′021 potes, ce qui est dommage à quelques semaines de mon anniversaire).

Oui, cher lecteur inconnu, merci. Tu n’es pas mon ami. Pas encore. Ce n’est peut-être que la première fois que tu me lis, et je prie pour que ce ne soit pas la dernière. Ici, j’essaie de faire sourire (surtout), mais avant ça, je voudrais t’apprivoiser, apprendre à te connaître. On ne va pas faire la ligne de coeur non plus, mais je crois qu’il faut que je sache un peu ce que tu vis pour être pertinent.

Je sais que tu es – majoritairement – un homme entre 25 et 34 ans. Ce qui est assez vague, puisqu’entre ces âges, la vie change énormément. Par exemple, avant trente ans, si tu causes beaucoup, c’est parce que tu crois que tu as des choses à dire. Après trente ans, c’est que tu meubles pour cacher tes névroses. Mais revenons à toi, cher lecteur. Tes plus grands centres d’intérêts sont :

  1. Sports/Team Sports/Soccer (7.8%)
  2. News/Sports News (6.8%)
  3. Arts & Entertainment/Celebrities & Entertainment News (4.6%)

Serais-tu un beauf simplet de 25 ans ? Je n’en sais rien.

Même si je ne me sens pas emprunt d’une mission divine envers toi (genre parler de foot et de célébrités), ça serait sympa que je ne sois pas juste le sale jeune qui dit des bêtises sur un blog de sale jeune. Oui, parce que je n’ai pas encore 25 ans et encore moins 34. Quoiqu’il en soit, j’espère que chaque jour tu ne seras plus tout à fait le même après m’avoir lu. Il y aura des ratés, je ne suis pas toujours rigoureux. Comme toi d’ailleurs qui culpabilise sûrement de n’avoir pas encore lu Proust (ou checké les dernières rumeurs du tournage de Fast & Furious 19) alors qu’il y a eu tant de longs dimanche pluvieux jusqu’à maintenant.

A demain, cher lecteur.

 A nous deux, chère lectrice inconnue. Les mecs sont partis, nous voilà seuls. Oui j’utilise l’italique parce les lettres inclinées poussent certainement aux penchants pour les jolis mots et pour ceux qui les écrivent.

Donc, chère lectrice, merci. Tu n’es pas mon amie. Pas encore. Et je dois dire que je n’ai pas forcément envie que tu le deviennes. Non, j’aimerais surtout que tes yeux couleur Facebook (ou brun caca, je ne suis pas difficile) trouvent que ce texte est joli. On ne va pas se draguer non plus, mais je crois qu’il faut que je sache un peu ce que tu vis pour être pertinent.

Je sais que tu es majoritaire sur ce blog (57%) et c’est déjà une bonne nouvelle pour le féminisme et mon ego. Tu as aussi entre 25 et 34 ans, ce qui est très vague, puisque tout change durant cette période de la vie. Par exemple, avant trente ans, des mecs faussement intéressants te draguent. Après trente ans, ce sont des névrosés. Mais revenons à toi, chère lectrice. Tes plus grands centres d’intérêts sont :

  1. Arts & Entertainment/Celebrities & Entertainment News (7.8%)
  2. Reference/General Reference/Dictionaries & Encyclopedias (3.4%)
  3. Arts & Entertainment/TV & Video/Online Video (3.2%)

Serais-tu chiante, mais plus cultivée que moi ? Je n’en sais rien.

Même si je ne me sens pas emprunt d’une mission divine envers toi (genre parler de dictionnaire). Ce serait sympa je ne sois pas juste le sale jeune qui fait parfois des blagues relou sur un blog de sale jeune. On pourrait par exemple s’asseoir sur un banc, au coucher du soleil, et parler références et encyclopédies avant que tu tires mon doigt et prout.

Non, chère lectrice ne pars. Promis, j’arrête les blagues relou. Quoiqu’il en soit, j’espère que chaque jour tu ne seras plus tout à fait la même après m’avoir lu. Il y aura des ratés, je ne suis pas toujours rigoureux. Comme toi d’ailleurs qui culpabilise sûrement de n’avoir pas encore lu Proust (ou regardé le chapitre des N du Petit Robert) alors qu’il y a eu tant de longs dimanche pluvieux jusqu’à maintenant.

A demain, chère lectrice.


Ci-dessous, un clin d’œil de mon chat qui vous remercie aussi :

L’attentat des peureux – Sophie Grobet

Il y avait ce type debout avec son sac de sport à ses pieds, deux filles qui parlaient fort, trop fort, des chinois avec leurs écouteurs dans les oreilles, un hipster bien coiffé, quelques vieux assis et moi.

Un type est arrivé et m’a demandé si j’avais l’heure. Je lui ai répondu que je n’étais pas tellement du style à porter une montre, mais que j’avais un téléphone, et que lui aussi d’ailleurs il avait un téléphone, il était dans sa main, alors, l’heure, je la lui donnais volontiers mais sa question elle avait plus un air d’excuse que de vraie interrogation.

Il m’a dit : “c’est vrai”, et moi j’ai dit qu’il ferait mieux de travailler ses phrases d’accroches s’il voulait ramener des filles chez lui. Il m’a dit qu’il n’aimait pas les aventures d’une nuit, qu’il était plutôt aventure d’une vie, j’ai dit que c’était déjà plus accrocheur et là… Là, j’ai réalisé que c’était drôlement silencieux dans le métro. Un peu trop. Silencieux, genre le calme avant la tempête.

Je cherche le problème. J’observe. Soudain, je comprends. Le mec au sac de sport est sorti, mais le sac est toujours là. On pourrait jurer, à la tête des filles, des vieux et des chinois, qu’on entend le tic-tac venir du sac. Ce tic-tac qui fait écho aux secondes qu’il reste à vivre, aux heures écoulées. Ce tic-tac des premiers amours et des cœurs brisés, des rêves en vrac, des nuits terrifiantes et des matins insouciants. Ce tic-tac des “j’aurais dû”, des “j’aurais pu”.

Ils se demandent tous ce qu’ils doivent faire de ce sac, ce qu’ils doivent faire dans ce métro, ce qu’ils auraient dû faire de leur vie peut-être. Ils s’observent. Personne ne dit rien mais les regards crient. Ca me fait sourire, parce que j’aurais été prête à parier que si c’était moi qui avait oublié un sac, quelqu’un l’aurait ramassé et probablement ramené aux objets trouvés, avec ou sans son contenu, mais quand même, ça n’aurait pas déclenché une pareille guerre du silence. Mais cette fois, parce que c’était un homme je crois, et parce qu’il portait une barbe c’est sûr, une longue barbe, de celles qui font peur apparemment, ce sac a remis la vie de tout le monde en question.

Malgré l’ambiance furieusement désagréable, je me suis dit que ça avait quelque chose de beau, ces inconnus qui s’unissent soudain. Le sentiment m’est vite passé. Les murmures ont commencé à se faire entendre. Les gens qui ont peur disent souvent des choses qu’ils ne pensent pas. Ou plutôt : des choses qu’ils ne pensaient pas dire. Un courageux anonyme a sorti son téléphone, genre laissez-moi faire, j’ai les choses en main : “Oui bonjour, il y a un sac abandonné dans le métro, on arrive à Jordils.”

J’y crois pas, il a appelé les flics. Ca n’a pas tardé, ils nous attendaient à la prochaine station : “Gardez votre calme mesdames et messieurs.” Moi je trouvais que j’étais assez calme, mais enfin bon j’ai pris une grande inspiration, de celles qui insinuent qu’on n’est plus calme pour très longtemps, parce qu’il n’y a pas à dire, la peur et la pointe d’excitation malsaine qui se mélangeaient sur le visage de mes colocataires éphémère du métro, ça m’a tendue.

L’arrogance des agents / super-héros qui avaient “la situation sous contrôle”, avec leur chiens et leurs vestes bleues et leur brushings impeccables, ça ne m’a pas détendue. On confond souvent confiance et arrogance parce que l’arrogance c’est plus facile. Mais eux, ils étaient surtout arrogants. “Sortez tranquillement, mesdames et messieurs.”

Alors je suis sortie, tranquillement mesdames et messieurs. J’ai regardé tout ce beau petit monde délimiter un périmètre de sécurité, puis utiliser des outils divers et variés pour analyser le sac et finalement je les ai observés l’ouvrir : il y avait dans ce sac de sport, à la surprise générale, des habits de sport.

C’était terminé. La tension avait disparue, le suspense s’était envolé, il ne restait plus que le trouble. Le trouble de se dire qu’on est des abrutis, qu’on est l’essence même des clichés qu’on critique le vendredi soir avec nos beaux-parents autour d’un verre de rouge. Alors ce serait vous mentir que d’affirmer qu’il n’y a pas eu une seconde où je me suis dit : “si je meurs maintenant, c’est quand même con.” La peur est contagieuse.

Mais ce qui m’a terrifiée, c’est l’effet que peut avoir un sac sans propriétaire dans un lieu public. Je vous dirais bien d’éviter les amalgames, et tout ça et tout ça, mais je crois qu’on n’en peut plus d’entendre tout ça et tout ça. Et je crois que de toute façon, malgré nous peut-être, ces amalgames, on les fait quand même. Alors je vais simplement vous dire : s’il vous plaît, pour le bien-être général, arrêtez d’oublier vos affaires dans le métro.


Régulièrement, le Post de 9h20 accueille d’autres auteurs.

On ne les voit pas, ces gens qui marchent dans la brume du quotidien. L’individu n’existe plus quand il avance dans le brouillard d’un métro, d’un bus ou au milieu de la masse morose de la foule. Là, tout le monde ressemble à tout le monde et personne ne parle à personne. Dans les matins tristes de la semaine, il y a certainement Sophie, en route vers son stage d’avocate ou de retour de son job à l’ONU.

Tu la vois sourire, comme ça pour rien. Comme si elle était optimiste ou juste bête. Tu te dis ça, mais en fait elle sourit parce qu’elle croit en tous ces gens qui l’entourent. Ou elle aimerait y croire : ce texte en est la preuve. Sophie doit se dire, le soir en s’endormant, que l’humanité c’est pas mal, Sophie écoute FAUVE et Damien Saez pour être un peu cynique quand même, Sophie est parfois mélancolique, mais seulement dans ses textes. Sophie est drôle, aussi dans ses textes. Sophie te propose d’aller boire une bière mais commande un jus d’abricot.

En fait, tout le monde devrait aller boire un jus d’abricot avec Sophie.

Les rendez-vous matinaux

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