de Benjamin Décosterd, (initialement) pour se lever à 8h20

Auteur/autrice : 9h20 Page 38 of 70

Toujours avoir un peu de cash sur soi

Moi qui pensais – en devenant indépendant – gagner ma guerre contre le réveil, je me suis trompé. Depuis deux semaines, je bosse pas mal et chaque matin, j’ai un truc le matin.

La gloire (”oui, c’est moi qui ai écrit l’article sur la soirée de Fred Valet”) ou l’argent, il faut choisir. Et comme je ne peux pas payer mon assurance maladie avec des posts de blog, le choix est vite fait. Dans ce contexte, difficile donc d’écrire. Je ne voudrais pas que vous soyez obligés de vous taper quelque chose d’attendu à défaut de mieux. Pour ça, il y a les discussion de salons de coiffure, Bertrand Piccard et les titres de vidéos de youtubeurs. On ne peut pas être bon tous les jours (je le constate chaque matin), et il faut l’accepter.

Même ce matin, je me suis levé encore plus tôt que d’habitude. Alors que j’avais pris forme humaine bu mon café, je me suis dirigé vers l’épicerie de mon quartier (vous sentez comme cette histoire va être passionnante, non ? Ça tombe bien, moi non plus). J’allais payer mon petit-déjeuner (clopes et coca zéro) pour la modique somme de 9,50.- et un début de cancer. Anticipant que “la carte c’est à partir de 10 francs”, j’ai dit au caissier qu’il pouvait “faire sur 10″, phrase qui – sortie de son contexte – n’a pas plus de sens qu’un 69 en apesanteur.

Visiblement inquiet que mon geste fasse exploser sa comptabilité, il a décidé d’ajouter à mes achats detox un de ces bonbons acides à 50 centimes pièces. N’ayant absolument pas envie de me ruiner la santé avec du sucre (team coca zéro <3), je lui ai dit que c’était bon. Il m’a regardé.

Je l’ai regardé.

Il m’a regardé.

Je me suis dit que nous n’étions pas dans un épisode de Bref, mais je l’ai regardé quand même.

Sans me quitter des yeux ni rien dire, il a pris le petit bonbon et l’a déposé sur mes achats. J’avais perdu. Une battle de regard vaut bien plus qu’un pourboire, cela dit.

L’objet de la discorde

  

En sortant du magasin, je me suis demandé de ce que j’allais foutre de ce bonbon. Je me suis dit que le meilleur geste serait de le donner à quelqu’un qui en aurait vraiment envie ou besoin. J’ai repensé à ma grand-mère qui allait donner les biscuits qu’elle recevait à Noël aux mendiants de son quartier, parce qu’elle n’arrivait jamais à les finir. Moi aussi, je voulais être quelqu’un de bien, déjà qu’on me refuse mes pourboires… Donc, après réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion que celui qui serait encore le plus content de recevoir un bonbon, ce serait un enfant…

J’ai eu un flash, me voyant de l’extérieur, aller vers un gamin sur le chemin de l’école et de son avenir insouciant, pour lui demander s’il voulait de cette sucrerie qu’on m’avait donnée et que je n’allais pas manger. Même en étant sûr de mes bonnes intentions (et du fait qu’à 8h du matin, je ne pourrais même pas faire de mal à une mouche), j’ai trouvé cette image extrêmement glauque et effrayante.

D’ailleurs plus j’écris cet article, plus j’ai l’impression de passer pour un type complètement malade, donc abrégeons… Sachant que personne ne me prendrait pour un dragueur de poubelles, j’ai jeté ce truc. La prochaine fois, je je prendrai de la monnaie.

Le silence est d’or, la parole est d’argent

Voilà, je voulais juste dire ça. Mais je crois que j’aurais mieux fait de me taire.

Travailler comme un malade

Drame, horreur et mazette, non c’est pas vrai ?! Je suis en train de tomber malade. Enfin je crois.

Oui parce que je vais continuer à faire comme toujours dans ces cas-là : m’abstenir de vérifier. Si c’est pour finir cancéreux en fin de vie après une visite sur doctissimo, ou endetté après un simple passage à la pharmacie en commençant par “je me sens pas très bien” et en sortant avec assez de médicaments pour rivaliser avec Lance Armstrong, ça n’en vaut pas la peine.

Non, je me fie aux symptômes : courbatures inattendues et crises de toux durant lesquelles je ressemble à Michel Zendali après une chronique réac’ de Suzette Sandoz. Je ne compte même pas l’irritabilité et l’absence de motivation à travailler : ça, c’est parce que je suis un enfoiré qui a la flemme. Malgré ces signes de petite crève pas gênante*, j’ai des doutes : un indépendant malade c’est comme un comédien qui n’est pas serveur en même temps, on sait que ça peut exister, mais il y a de sérieux doutes.

Alors que faire quand on est dans cet état mais qu’il faut travailler ? On continue et on mise sur la manière la plus efficace d’expulser ses microbes. Comme avec le soleil, les températures, l’actualité qui est déprimante, l’avenir de la presse, les enfants qui font du bruit dans le métro, le manque de places assises dans le train, le prix des assurances maladies et les gens qui sont jamais contents, le meilleur moyen d’aller mieux est de s’en plaindre.

Décidément la nature humaine est beaucoup moins complexe dès que l’on a un bouc émissaire à nos gênes du quotidien. Je vous laisse, je vais trainer mes courbatures jusqu’aux derniers trucs à faire cette semaine.

* : Chers assureurs maladies chez qui je vais bientôt signer parce que vous êtes moins chers que les autres, sachez que ce n’est rien de grave et que – comme tout ce qui est sur ce blog – cet article est largement romancé. D’ailleurs, ne lisez pas les autres posts. Cela vous donnerait des mauvaises infos sur mon hygiène de vie et ma santé mentale. Bisous.

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