Depuis vendredi dernier, c’est le désordre.

Mes fils d’actualités s’emmêlent comme des écouteurs dans une poche (cette métaphore est so pré-AirPods). À force de lire tout et son contraire, on ne sait plus si on doit sauver les artistes menacés par le Coronavirus ou s’il faut lyncher le monde du cinéma. Bon, vu les pratiques sexuelles des réalisateurs, ça pourrait leur plaire, remarque.

J’écris parce que hier j’ai vu passer ça :

Oui, la “détresse existentielle”. Sur ce coup, l’industrie musicale me fait penser à ma grand-maman valaisanne :

“– Tu veux ma mort, c’est ça ?
– Non, grand-maman. Je ne peux juste physiquement pas manger une autre part de ton délicieux gâteau.
– Tu ne m’aimes plus, de toute façon.”

Alors attention, soyons d’accord, c’est chaud. Le Coronavirus serait arrivé avant la Revue de Lausanne que vous auriez déjà entendu parler de ma “perdition finale” ou de mon “désarroi ontologique”. Moi-même indépendant, je suis conscient de cette précarité.
Mais c’est bien parce qu’elle est permanente que je m’étonne de lire certaines choses, notamment dans la pétition pour “la création d’un fonds d’indemnisation pour les intermittent/es du spectacle en Suisse” : “Pas de prestation = pas de salaire!”

Oui. Et ?

C’est la nature même de notre statut. Notre quotidien consiste à nous sortir seuls de cette logique stressante. On l’a choisie, ou du moins tolérée, me semble-t-il. Que l’on soit ingénieuse du son, danseur, ou auteur/chroniqueur/connard dans la comm’.

Les mesures du Conseil Fédéral peuvent paraître de prime abord extrêmes, ou risibles. Si l’on écoute les médecins et que l’on regarde les chiffres, cela devient tout de suite plus pertinent (allez vraiment lire cet article, c’est salutaire en cette période de doute). Si l’on ne fait rien, ce sera visiblement encore plus chaud. Et les intermittent/es du spectacle ne pourront même plus travailler dans des salles de plus de 1 personne. Chanter sous la douche sera encore juste toléré, c’est dire. À condition qu’il y ait du savon.

Il faut le dire aussi, la communication de nos élus est assez mauvaise. J’en veux pour preuve l’intervention de Philippe Leuba mercredi au 19h30. Après deux heures de séance du Conseil d’Etat avec le médecin cantonal, Leuba se lance dans des explications.

Quand quelqu’un explique ce que quelqu’un a expliqué, c’est jamais simple… Mais là, c’est carrément le téléphone arabe, mais avec un abonnement Sunrise.
Et les pannes de Swisscom.
Et tu captes Bouygues parce que Salt prend Ouchy pour la France.
Nonobstant.

Quand on écoute Leuba hier, on comprend tous les mots, mais pas les phrases. On devrait utiliser cette interview en prévention des AVC, pas du Coronavirus.

Voilà, j’ai ajouté mon petit couinement narcissique sur l’actualité.
Ça a moins de gueule et de conviction qu’une tribune sur les Césars dans Libération. Ou qu’une réponse dans Marianne, suite à la tribune sur les Césars dans Libération. Ou qu’une chronique sur Europe 1, pour commenter la tribune sur les Césars dans Libération et appuyer la réponse dans Marianne.

Mais au fond, le grand brouhaha silencieux des réseaux est peut-être salutaire, si l’on fait l’effort de ne pas que lire ce avec quoi l’on est d’accord. Comme pour développer les anticorps de notre sens critique.
Sinon, il risque – au bout d’un moment – d’y avoir une contradiction trop forte entre notre monde inclusif et nos opinions binaires.