de Benjamin Décosterd, (initialement) pour se lever à 8h20

Auteur/autrice : 9h20 Page 58 of 70

Les Fastnews du 18 juillet

L’actu mise à nu, comme si vous lisiez Playboy.

Bonne nouvelle, Sébastien Vettel regarde son sport à la télé.


– Et là, Federer il se retourne et il dit : “J’ai pas besoin de boulons, j’ai déjà la coupe Davis.” (A lire à haute voix)

Ahaha elle est drôle Jamie ! Viens là que je t’épouse et que je t’en colle une.


Et dire que toute la population du Locle attend encore d’être secourue…


Paléo n’a même pas commencé que les campeurs sont déjà complètement pétés.

Ici, Daniel, qui est parti faire la vaisselle après avoir fumé un joint.


Etude dans le Matin : Enfoncer les portes ouvertes permet d’accéder plus rapidement au couloir du bon sens.


Toujours sur le Matin : quand il manque un zeste de cohérence.


Exploits sportifs

Pour rivaliser avec les superbes Unes de la presse mondiale et rendre hommage à Federer, le post de 9h20 a travaillé d’arrache-pied. La preuve :

Mais quel match, quelle grâce, quelle aura ! Federer est une légende vivante du tennis. Et en plus de cela, il est beau, riche et célèbre :

– Marié et père modèle?
– Oui. Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même.

Et qu’est-ce que c’est romantique. Regardez un match du Maestro et vous aurez envie de parler comme un recueil de poésie. Il fouette la balle tout en caressant la perfection : à portée d’yeux, mais hors du temps, si loin dans notre écran, et si beau et bon, que l’on croirait presque qu’il n’existe qu’à la télévision.

Et puis, il ne vieillit pas. Alors que la ménagère de plus de 50 ans se ruine en crèmes et chirurgie esthétique pour cacher son âge, Roger – lui – s’est mis, ces dernières années, à jouer plus offensif. Pas besoin de liftings quand on maîtrise le service-volée. Même quand on le dit sur le déclin et fini parce qu’il s’arrête quelques mois, il revient plus fort.

Hier, Federer semblait plus jeune (avec ses jambes de 35 ans) que Marin Cilic et ses vieilles ampoules aux pieds. Acheter les droits de Wimbledon et devoir diffuser Retour vers le Futur, il y a de quoi être déçu du côté de la RTS.

C’est bien la preuve qu’un tel niveau de perfection engendre toujours de la frustration. Du côté des autres joueurs de tennis, qui fantasment sur google :

Mais aussi pour les fans, qui n’ont pas vraiment assisté à un match à suspense. Raison pour laquelle je suis resté devant ma télé le temps de la cérémonie de remise de la coupe. Qu’est-ce qu’il ne nous fera pas faire ce Federer.

Pour continuer à regarder du sport, j’ai zappé sur le cyclisme, qui a été inventé par quelqu’un qui n’a pas la même définition de “spectaculaire” que moi. Et là, ça a été le choc des cultures.

Après Wimbledon et ses joueurs en blanc, son silence entre les points, sa classe so british, Kate et William dans les tribunes, il y a de quoi filer un AVC à son raffinement en regardant le Tour de France et ses verres de petit jaune, ses caravanes multicolores, son côté tellement France profonde, Dédé au bord de la route.

J’ai sérieusement vu 3 culs (ou 6 fesses si l’on est poli) en 10 minutes d’étapes, sans parler de ceux des coureurs. Décidément, le pastis est une boisson incroyable.

Tout ce bruit et ces gens qui se fatiguaient, ça m’a donné sommeil. Je me suis endormi. A mon réveil, ce n’était toujours pas fini. Le groupe ketchup-mayo jaune était toujours en retard de 6 minutes sur les échappés de Bochuz, eux-mêmes en retard de 45 secondes sur le premier.

Je me suis quand même dit que les gens qui se dépensaient autant le dimanche étaient soit courageux, soit fous, mais surtout culpabilisants. Je suis donc parti faire un peu de triathlon, l’Ironman n’a qu’à bien se tenir, parce que j’ai :

  • Pris une douche et fait quelques trajets entre mon canapé et ma cuisine.
  • Fait un aller-retour à pied jusqu’à l’épicerie de mon quartier pour constater qu’elle était fermée.
  • Enfourché mon scooter pour descendre jusqu’à une autre épicerie (j’avais la flemme de remonter).

J’étais fatigué, mais j’ai encore réussi à disputer 4 matchs de FIFA 2017 contre mon colocataire. C’est vous dire si j’ai des courbatures au poil dans la main.

A demain !

La gare de Morges, ou le transport amoureux

Jeudi soir, gare de Morges. Il est 22h25 et deux litres de bières.

J’attendais impatiemment sur le quai et contre une envie de pisser qui grandissait au fur et à mesure que le train était annoncé avec de plus en plus de retard.

3 minutes.

Puis 4.

Finalement 5.

“Information concernant votre vessie et le Regio Express, à destination de Bussigny-Renens-Lausanne-avec un arrêt aussi relou qu’inutile à Prilly Malley. Le Regio Express arrivera avec un retard d’environ juste assez de minutes pour que vous n’osiez pas aller aux toilettes publiques de la gare. Ce train circule avec une composition réduite. Peut-être que le wagon avec les toilettes a été supprimé ; tu verras bien, espèce d’alcoolique du jeudi.”

Pendant cette attente, qui me paraissait aussi longue qu’une fête de la bière sans urinoir, je tentais de distraire ma vessie qui trépignait du pied droit. Et ce, en me refaisant – pour la 32ème fois – la meilleure web-série du monde, avec IRQB : j’ai nommé les textapes d’Alice.
Inspirée d’un Tumblr, cette saga de deux saisons de punchlines est tellement bien écrite qu’on dirait de la calligraphie. Je crois d’ailleurs que c’est à cause des Textapes d’Alice que ce blog est hébergé sur Tumblr. Oui, je suis comme ce gamin qui achète les mêmes chaussures de Messi en espérant que son pied gauche devienne aussi agile que sa main droite. Alors qu’on sait tous que certaines choses que l’on fait avec la main droite sont infaisables avec le pied gauche.

Donc j’étais sur le quai, en train de regarder mon smartphone, quand une masse brun clair, gigotant sur la droite de mon écran, attira mon attention. C’était un chien, visiblement très content de se retrouver sur le quai de la gare de Morges un jeudi à 22h27. Alors que – en toute objectivité – il n’y avait pas beaucoup de raisons de remuer la queue à ce moment-là. En tout cas ni moi, ni ma queue, n’en voyions.

J’ai oublié le chien et je me suis replongé dans la solitude de mon téléphone, très agréable, parce que quand on a envie de pisser on n’a pas tellement envie de parler.

Donc, j’étais encore sur le quai, toujours en train de regarder mon smartphone, quand des voix (pas brun clair cette fois), provenant de la droite de mon écran, attirèrent mon attention.
C’était un monsieur, vraisemblablement très content de se retrouver assis à côté de la dame au chien, pour lui expliquer que “moi aussi, j’ai un chien. Elles sont quand même sympas ces braves bêtes, blablabla croquettes, blablabla #porndog sur Instagram, blablabla Medor, etc.”

Tous ceux d’entre vous qui m’ont entendu parler de mon chat doivent – en ce moment même – se dire que je suis l’hôpital qui se fout de la charité, alors que pas du tout. Je trouve génial de parler animaux. Mais les chiens… Soyons sérieux deux lignes, ce sont des bêtes aussi dépendantes que des toxicomanes et aussi naïves que des hypocondriaques sur Doctissimo. Et si personne n’a jamais essayé de croiser un toxicomane avec un hypocondriaque de Doctissimo, c’est qu’il y a bien une raison.

Trêve de justification, ces deux discutaient de chiens et avaient l’air de bien accrocher. Je ne sais pas si c’est la bière, ou la mélancolie propre aux quais de gare (on s’y dit souvent au revoir quand même), mais j’ai trouvé ça beau. Je me suis dit que j’étais peut-être en train d’assister à la création d’un couple, tel le témoin d’un Big Bang sentimental.

Peut-être que dans 20 minutes, une fois arrivés à Lausanne, ils échangeraient leur numéros.

Peut-être que dans 20 jours, ils feraient l’amour.

Dans 20 semaines, ils s’aimeraient.

20 mois plus tard, ils seraient parents.

Et 20 ans après, ils prendraient d’autres chiens pour oublier que le petit Thomas et la petite Julie étaient partis de la maison.

Dans 20 décennies, ils seront morts et personne ne se souviendra d’eux. Mais moi, j’aurai vu leur rencontre. J’aurai assisté à ce moment magique où les humains se mettent maladroitement à créer leur destin.

Ou pas. Je ne le saurai jamais, je me suis précipité dans le train pour aller pisser.

Mais c’était beau d’y croire un peu ou un instant. Et il n’y a pas à dire, la gare de Morges, après quelques bières, a un petit air de Venise.

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