J’ai bien conscience d’arriver comme le cheveu sur la soupe tiède au buzz estival, préparée par l’absence de nouvelles croustillantes et fadement épicée par les médias romands.

Mais si, en France, on peut s’exaspérer des remous médiatiques de l’affaire Benalla (cet homme n’aura bientôt plus d’autre prénom que l’affaire), ici, on doit se contenter de l’addition de Jean-Marc Richard. Postée sur Facebook, la photo a été reprise vendredi par le matin.ch (nouveau média ambitieux) et le Nouvelliste ce matin :

« Si on le touche, on peut appeler ça un article de fond ? »

En cause dans cet article, un ticket du Chetzeron, établissement planté sur la montagne, à 2112 mètres d’altitude.

Alors arrêtons-nous deux secondes sur ce ticket. Que nous dit-il ?
Et bien, à part que les hôtels 4 étoiles peuvent être chers en Suisse, pas grand chose. Parce que tout est cher. Venez prendre une cuite au Spritz à Lausanne et vous verrez : c’est aussi mauvais pour le foie que pour le rein qu’on doit vendre.

Et les 4 étoiles sont certainement encore plus chers quand ils sont plantés au milieu de nulle part : il faut bien faire monter la marchandise là-haut (pour la pause de petites gens qui se baladent à Crans-Montana) et ça coûte une blinde.

On peut aussi le faire soi-même, mais c’est chiant. Ben oui, sinon Jean-Marc Richard aurait pris une bouteille d’eau, une cafetière italienne, du café moulu, un réchaud et deux tasses dans son sac. Au lieu de ça, il a pris son porte-monnaie et une photo pour Facebook. C’est plus léger mais c’est certainement le prix à payer.

On parle de Jean-Marc Richard et il y a une dimension émotionnelle qui rentre en ligne de compte. On le voit s’occuper des gens dans le besoin toute l’année (besoin de parler, le soir dans la ligne de cœur / besoin d’argent, suite à des catastrophes dans la chaîne du bonheur / besoin de s’occuper, dans le kiosque à musiques), alors forcément on l’assimile à la cause. Ce n’est d’ailleurs pas la seule personnalité à qui ça arrive :

  • Philippe Jeanneret est associé à la météo, on croit que c’est lui qui décide du temps qu’il fait
  • Darius Rochebin, on sent bien qu’il faut le pardonner de quelque chose, mais on ne sait pas encore quoi
  • Et Bastian Baker, c’est la Poste, forcément

Dans ce cas précis, j’ai l’impression qu’on en fait des caisses parce que l’on assimile Jean-Marc Richard aux gens dans le besoin. Aurait-on fait le même foin si Bernard Nicod avait posté cette photo ? Je ne pense pas.

Alors que Jean-Marc Richard doit aussi très bien gagner sa vie, mais ce n’est pas un problème. Il n’est pas spécialement incohérent, même s’il aurait pu préciser que l’établissement était assez classe.

Non, ce qui serait incohérent c’est d’être un chroniqueur qui a passé 10 ans à « dégommer les financiers véreux, les banquiers magouilleurs et les profiteurs de tout poil » avec un gourdin en plastique et de bosser pour une banque, non ? D’ailleurs, si la voix d’Eric Grosjean vous manque sur Couleur 3, vous pouvez appeler le standard de la BCV au 0844 228 228 : c’est lui qui fait le répondeur. Le ton est un peu moins punk, mais ça dénonce la finance à mort.

Finalement, que retenir de « l’affaire Richard » ? Peut-être simplement qu’il suffit de 2’200 likes et 3’000 partages sur un post Facebook pour que le rédacteur en chef du matin.ch (média 4.0) y consacre un article.

Etait-ce parce que le sujet était vraiment important ? Etait-ce par solidarité capillaire avec Jean-Marc Richard ? Etait-ce parce que le rédacteur en chef n’est plus rédacteur que de lui-même ? Mystère. Quoiqu’il en soit, il s’agit de Laurent Siebenmann, qui a travaillé à Rouge FM avec des amis, et dont on m’a dit le plus grand… Enfin, dont on m’a parlé, quoi.

De son côté, Le Nouvelliste a fait un vrai travail journalistique : comparaison de différents établissements d’altitude, interviews des intéressés et acteurs de la branche, mise en perspective, etc. On y apprend que l’hôtel n’est pas raccordé au réseau de distribution, ce qui explique qu’on ne serve pas d’eau « du robinet », mais d’une source proche de l’hôtel.

Cette analyse est plus réjouissante pour l’avenir de la presse que d’expliquer qu’il y a eu un buzz, en citant les deux derniers posts Facebook de Jean-Marc Richard… Laurent, si tu nous lis.

Bref, cela nous rappelle que l’actualité et les élus PLR sont en vacances ; on attend juste qu’ils rentrent pour se demander qui a payé et avoir une vraie polémique à se mettre sous la dent.